Qui est Bénédicte Moubarak - Une artiste franco-libanaise

Qui est Bénédicte de Vanssay Moubarak ? Portrait d'une artiste franco-libanaise

Artiste, entrepreneuse sociale, exploratrice urbaine et fondatrice de Beyt, Bénédicte a passé une grande partie de sa vie à chercher la beauté dans des lieux souvent négligés. Des maisons abandonnées et des éléments d'architecture aux objets oubliés et aux souvenirs qui s'estompent, son travail est guidé par un désir de préserver ce que le temps, le conflit et la négligence menacent d'effacer.

Profondément marquée par sa vie entre la France et le Liban, elle a consacré plus de vingt ans à documenter, restaurer et réinventer les histoires ancrées dans des lieux brisés et abandonnés. Aujourd'hui, ce voyage se poursuit à travers des peintures à l'aquarelle et des œuvres mixtes qui capturent la beauté de ce qui reste.

Née en 1961, Bénédicte de Vanssay Moubarak est une artiste, designer et entrepreneuse sociale franco-libanaise dont le travail a longtemps exploré les liens entre patrimoine, mémoire, artisanat et impact social.

Mariée à un homme libanais, elle a passé une grande partie de sa vie entre la France et le Moyen-Orient. Après avoir vécu dans plusieurs pays, dont la Tunisie, l'Arabie Saoudite et Chypre, elle s'est installée au Liban au début des années 2000. Là, elle a découvert un monde qui allait profondément façonner à la fois sa vision artistique et le travail de sa vie : le patrimoine architectural de Beyrouth —vieilles maisons, palais en ruine, quartiers oubliés et bâtiments portant les traces de multiples histoires et générations.

Émue par la disparition rapide de ce patrimoine à travers la guerre, la négligence et la spéculation immobilière, elle a fondé Beyt, une entreprise sociale primée dédiée à donner une nouvelle vie aux éléments architecturaux abandonnés. Travaillant avec du fer récupéré, du bois, des carreaux et des fragments récupérés de bâtiments historiques au Liban et en Syrie, Beyt a transformé ce qui avait été jeté en objets contemporains façonnés par la mémoire et le lieu.

lampe de style industriel recyclé en fer forgé

Au cœur du projet se trouvait une mission sociale. Grâce à des collaborations avec des ONG locales et des ateliers d'artisans, Beyt a offert des opportunités de travail dignes à des personnes souvent exclues du marché du travail traditionnel, y compris des individus vivant avec des handicaps, des femmes issues de milieux marginalisés, des réfugiés et des personnes sans-abri.

Pendant près de deux décennies, Bénédicte et son mari Raja ont développé Beyt entre le Liban, l'Europe et les États-Unis, ouvrant deux magasins, établissant des partenariats internationaux et contribuant à des initiatives clés dans le domaine de l'entrepreneuriat social. Au cours de ces années, elle a également documenté les lieux qui ont inspiré son travail à travers la photographie, les carnets de croquis et l'aquarelle.

2019, un tournant

L'effondrement de l'économie libanaise en 2019, suivi de l'explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, a marqué un tournant. Alors que le pays entrait dans l'une des périodes les plus difficiles de son histoire moderne, d'innombrables maisons historiques ont été endommagées, abandonnées ou perdues. En 2023, Beyt a été contraint de fermer ses opérations. Vous pouvez regarder le film réalisé par la BBC qui explique le projet Beyt de 2005 à 2020.

Aujourd'hui, Bénédicte poursuit la même mission à travers la peinture à l'aquarelle et les médias mixtes. S'inspirant d'années d'exploration urbaine et de documentation photographique, elle peint des maisons abandonnées, des intérieurs endommagés et des espaces oubliés à travers le Liban. Son travail cherche à préserver des traces fragiles de mémoire architecturale et à révéler la beauté qui persiste dans des lieux marqués par la perte, le temps et la disparition.

Bien que le médium ait changé, l'intention reste la même : pour restaurer la beauté invisible de ce qui a été brisé et laissé derrière.

Une artiste qui peint des maisons abandonnées

La pratique artistique de Bénédicte Moubarak est profondément liée à l'architecture et à l'expérience vécue des habitants. Sur le terrain, elle explore des quartiers négligés, notamment au Liban, photographiant des maisons abandonnées, des portes à moitié ouvertes, des escaliers et des fenêtres endommagées. Ces images deviennent la base de son travail en studio.

Dans l'aquarelle, elle reconstruit des façades et des intérieurs. La transparence des couleurs révèle la fragilité des lieux et la lumière qui les traverse. Elle ajoute parfois des collages, des fleurs séchées ou des morceaux de tissu provenant de textiles vintage ou de papiers anciens, ancrant chaque œuvre dans la matière tangible de la vie quotidienne.

Son objectif n'est pas la nostalgie mais la beauté derrière la destruction. Ses aquarelles sont des portraits silencieux de familles déplacées, des souvenirs suspendus et des villes en attente de renaissance. Découvrez cet univers dans la collection dédiée aux livres et aux aquarelles

Une pratique artistique de mémoire et de préservation

Nourrie par sa double culture, Bénédicte apporte à la fois la perspective extérieure d'une Française formée à l'histoire de l'art européen et la sensibilité intérieure d'une femme profondément marquée par deux décennies au Liban. Elle peint des lieux que beaucoup évitent ; elle choisit de y retourner, d'observer, de documenter, puis de les transformer en images qui donnent une place à l'invisible.

À travers l'aquarelle et les médias mixtes, elle transforme la documentation en interprétation, combinant observation avec émotion, mémoire avec imagination. 

Le choix des matériaux est une partie essentielle de ce processus. L'aquarelle lui permet de capturer l'atmosphère, la lumière et la fragilité, tandis que le collage introduit des couches de mémoire, de symbolisme et de narration.

Pourquoi l'Aquarelle ?

L'aquarelle est un médium extraordinaire pour exprimer l'émotion. Elle est fluide et imprévisible ; elle coule, s'écoule, échappe au pinceau, et finit par se fixer alors que ses pigments migrent et trouvent leur place sur le papier. Des couches de lavis peuvent être accumulées progressivement—parfois quatre ou cinq couches—créant un sens de profondeur et de texture qui est souvent essentiel lors de la peinture des marques laissées par le temps. Des murs fanés, de la peinture écaillée, des surfaces usées et des traces de vies passées émergent naturellement à travers ces couches translucides.

L'aquarelle est aussi un exercice de lâcher-prise. Elle nécessite d'accepter que tout ne peut pas être contrôlé. Une fois que l'eau commence à bouger, la peinture développe une vie propre. Dans cet abandon, les émotions trouvent de l'espace pour émerger librement—parfois doucement, parfois avec force, reflétant un état intérieur qui ne peut pas toujours être exprimé par des mots.

Pour elle, l'aquarelle s'est imposée naturellement comme le médium le mieux adapté à son sujet. Comme les maisons abandonnées qu'elle peint, elle est fragile, imprévisible mais durable. Elle capture à la fois la présence et la disparition, permettant à la mémoire, à la lumière et à l'émotion de coexister sur la page.

Pourquoi les Médias Mixtes ?

Utiliser le collage sur la peinture signifie entrer dans des rêves et l'imagination. Les mains se déplacent rapidement entre papier, ciseaux et artisanat couteaux, assemblant des fragments et superposant des histoires.

Le collage est un processus d'accumulation : un lavis d'aquarelle, un morceau de papier, peut-être une touche d'or, un fragment de marqueterie syrienne, une dissémination de fleurs séchées. Couche par couche, l'œuvre commence à prendre vie. L'image se déploie à travers les détails, invitant l'œil à errer à travers la composition, découvrant des connexions inattendues et suivant des fils cachés.

Alors que l'aquarelle lui permet de capturer l'atmosphère d'un lieu, le collage lui donne la liberté de dépasser la réalité. Il introduit la mémoire, le symbolisme et l'imagination, créant un dialogue entre ce qui est vu et ce qui est ressenti.

Le collage l'aide également à raconter des histoires difficiles. Parfois, l'inclusion d'un morceau de soie dorée, d'un ancien document ou d'une fleur délicate peut adoucir la gravité d'un sujet sans diminuer son importance. Ces fragments apportent légèreté, tendresse et humanité à des lieux et des histoires marqués par la perte.

Œuvres et projets de Bénédicte Moubarak

Ses aquarelles et reproductions disponibles sur le site web Beyt couvre plusieurs thèmes : maisons abandonnées à Beyrouth, collages de façades de bâtiments, arcades imaginaires, portes marquées par le temps, ou rues après l'explosion. Certaines œuvres ont été choisies pour être présentées à la foire Art Capital au Grand Palais, comme La Maison Verte.

L' aquarelle Racines sera également présentéeau Festival International d'Aquarelle de St Yrieix la Perche.