L'histoire du verre soufflé au Liban | Benedicte Moubarak

Au Liban, l’art du verre soufflé est bien plus qu’une technique artisanale. C’est une mémoire en fusion, un fil de lumière qui relie les fours phéniciens aux ateliers encore actifs à Sarafand. Quand nous parlons d’histoire du verre soufflé au Liban, nous évoquons à la fois l’éclat des objets précieux et la fragilité d’un pays marqué par les difficultés économiques et la guerre.

En tant que créateurs, nous photographions des maisons abandonnées, nous en faisons des aquarelles, nous cherchons la beauté derrière les murs fissurés et les fenêtres brisées. Le verre soufflé libanais suit une trajectoire semblable, passant de la destruction au renouveau grâce au recyclage et au geste patient des maîtres verriers.

Cet article vous propose de traverser les siècles, des premiers ateliers antiques jusqu’aux initiatives contemporaines de Sarafand, tout en tissant des ponts avec une autre forme de regard, celui de l’art et de la peinture.

La Saga du Verre Soufflé au Liban : histoire verre soufflé liban et héritage de Sarafand à nos Jours

Temps de lecture : ~14 min

  1. Comprendre l'histoire du verre soufflé au Liban
  2. Sarafand berceau moderne du verre soufflé libanais
  3. Quand les ruines deviennent matière
  4. Pourquoi l'héritage du verre soufflé libanais compte encore aujourd'hui
  5. Questions fréquentes sur le verre soufflé au Liban

Comprendre l'histoire du verre soufflé au Liban

L’histoire du verre soufflé au Liban commence bien avant l’apparition de la canne à souffler. Les archéologues situent les premières expérimentations du verre vers 4000 av. J.-C. en Égypte ou en Mésopotamie. Ce n’est toutefois que le long de la côte syro-palestinienne, qui englobe le Liban actuel, que la technique du soufflage se développe pleinement.

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Des premières pâtes de verre aux ateliers phéniciens

Les Phéniciens, navigateurs et commerçants, installent des ateliers de verre sur les côtes proches de Sidon et de Tyr. Ils produisent d’abord des perles et de petits objets opaques. L’étape décisive arrive lorsqu’ils réussissent à obtenir un verre plus clair, plus homogène, capable de laisser passer la lumière. Les fours deviennent plus performants ; le verre cesse d’être une imitation de pierre précieuse et devient une matière à part entière.

L'invention de la canne à souffler et la révolution méditerranéenne

Au Ier siècle av. J.-C., les artisans de la région de Sidon-Tyr mettent au point la canne à souffler : un long tube métallique dans lequel le verrier souffle pour gonfler la masse en fusion. Ce geste permet la création rapide de vases, coupes et bouteilles plus légers et variés. Grâce au commerce phénicien, la technique se diffuse dans tout l’Empire romain. Des fragments retrouvés en Égypte, en Grèce, en Gaule ou à Pompéi rappellent ce souffle humain toujours vivant à Sarafand.

Sarafand berceau moderne du verre soufflé libanais

Au XXe siècle, le centre névralgique du verre soufflé libanais se déplace vers Sarafand, près de Sidon. Héritière d’une cité phénicienne, cette ville abrite le dernier grand atelier traditionnel du pays.

La famille Khalifeh gardienne d'un feu ancien

  • La canne à souffler : capter et gonfler la goutte de verre en fusion
  • Le pontil : tenir la pièce par le fond pour travailler l’ouverture
  • Le marbre (marver) : centrer et épaissir la pièce en la roulant sur une plaque lisse

Aujourd'hui, il est possible de se procurer des objets en verre soufflé uniquement au Liban. Vous pouvez consulter la Green Glass Recycling Initiative

Un savoir-faire menacé par l'industrie et la guerre

Depuis la fin du XXe siècle, l’atelier de Sarafand affronte la concurrence du verre industriel importé à bas coût, le manque de reconnaissance chez les jeunes générations et l’absence d’une politique de recyclage capable d’alimenter les fours. Les décisions politiques impactant le sud du Liban rendent très difficile la production et la motivation aussi!

Menace principale Impact sur l'atelier
Prix imbattables du verre industriel Baisse des commandes artisanales
Peu d’intérêt des jeunes pour le métier Risque de perte de savoir-faire
Recyclage peu structuré au Liban Manque de matière première locale

Quand les ruines deviennent matière

Nous arpentons des maisons abandonnées, photographions murs écaillés et vitres brisées, puis les transformons en aquarelles. Depuis l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, des centaines de petits palais et belles maisons bourgeoises ont été impactées, mais de nombreuses initiatives ont été lancées pour redynamiser la ville.

Du verre brisé de Beyrouth aux fours de Sarafand

L’explosion a pulvérisé des milliers de fenêtres. La Green Glass Recycling Initiative Lebanon a collecté ces débris et les a envoyés aux fours de Sarafand. Le verre trié, broyé puis refondu devient carafes, bocaux ou verres, prolongeant la vie d’une matière blessée.

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Voir la beauté dans la destruction

Nous intégrons parfois fleurs séchées ou tissus récupérés à nos aquarelles ; il ne s’agit pas d’effacer les ruines mais de les encadrer. La renaissance du verre soufflé à partir des débris suit une logique similaire.

Forces du recyclage artistique Limites actuelles
Sauvegarde d’un savoir-faire ancestral Volumes de verre collectés encore limités
Valorisation d’un recyclage quasi inexistant Ateliers familiaux manquant de moyens
Transformation symbolique d’un traumatisme Dépendance à la passion de quelques acteurs

Pourquoi l'héritage du verre soufflé libanais compte encore aujourd'hui

L’art du verre soufflé au Liban est un laboratoire vivant où se rencontrent histoire, écologie, économie locale et création contemporaine.

Un patrimoine technique et symbolique

Objets durables, lavables, réutilisables : alternative au plastique ; réemploi d’un déchet abondant plutôt que mise en décharge ; soutien aux petites entreprises familiales locales.

Symboliquement, chaque pièce relie le Liban à son passé phénicien et raconte un trajet, du sable à la coupe, du débris à l’objet précieux. Les bulles et irrégularités du verre recyclé rappellent les murs patinés que nous peignons.

Artistic depiction of a window with watercolor textures and colors

Questions fréquentes sur le verre soufflé au Liban

Le verre soufflé a-t-il vraiment été inventé sur les côtes libanaises ?

Les sources archéologiques situent l’apparition du soufflage au Ier siècle av. J.-C. sur la côte syro-palestinienne, incluant l’actuel Liban. La région de Sidon et Tyr est l’une des zones fondatrices, les Phéniciens ayant largement diffusé la technique.

Qu'est-ce qui distingue le verre soufflé libanais du verre industriel ?

Le verre industriel, produit en série, est uniforme. Le verre soufflé libanais porte les traces du travail manuel : fines bulles, asymétries, nuances de teinte, faisant de chaque pièce un objet unique.

Pourquoi Sarafand est-elle si importante pour le verre libanais ?

Sarafand se trouve sur une ancienne cité phénicienne et abrite l’atelier de la famille Khalifeh, dernier grand centre traditionnel du pays. Les initiatives de recyclage post-explosion de Beyrouth en ont fait un symbole national de résilience.

Le verre recyclé est-il de moindre qualité ?

Lorsqu’il est bien trié et refondu, le verre recyclé offre une qualité comparable à celle du verre neuf. Sa teinte peut varier selon les mélanges, lui conférant un charme particulier. Les couleurs recyclables sont le bleu turquoise et le bleu sombre, le blanc, le verre bouteille et l'ambre.

Quel lien entre verre soufflé et représentation artistique de la destruction ?

Il s’agit, dans les deux cas, de transformer une matière fragile ou brisée en source de sens : un éclat de fenêtre peut devenir carafe ; une façade éventrée, aquarelle. Notre œuvre L'Atelier Perdu poursuit cette même quête de lumière dans la fracture.

Synthèse

De l’invention de la canne à souffler à la renaissance des ateliers de Sarafand après l’explosion de Beyrouth, l’histoire du verre soufflé au Liban trace la ligne d’un pays qui transforme ses blessures en gestes créatifs. Pour prolonger ce voyage entre mémoire, artisanat et résilience, découvrez les collections de verre recyclé soufflé à la bouche de Kanzaman, de l'Artisan du Liban  ou contactez la GGRIL

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