Artistes aquarellistes libanais – L'âme de Beyrouth en peinture

Beyrouth est une ville de contrastes où les façades usées côtoient les cafés animés et la mer qui scintille au bout des rues. Lorsqu’un artiste aquarelliste libanais s’en empare, la ville devient mémoire vivante, fragilité et résistance sur un même papier. Entre maisons abandonnées, architecture traditionnelle et scènes du quotidien, ces peintres parviennent à saisir ce que les mots ne racontent pas totalement. Nous vous proposons ici de découvrir comment quelques artistes, dont Bénédicte Moubarak, donnent visage à cette âme de Beyrouth. Leur travail met en lumière les cicatrices de la ville mais aussi sa lumière, ses gestes familiers et ses histoires silencieuses.

Beyrouth : un sujet unique pour l’artiste aquarelliste libanais

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Une technique en résonance avec la ville

Transparente et composée de lavis superposés, l’aquarelle épouse particulièrement bien Beyrouth. La ville est à la fois dure et fragile, marquée de couches d'histoire qui se superposent les unes les autres sans jamais vraiment effacer la précédente. Un artiste aquarelliste libanais peut traduire cette tension en jouant sur les blancs du papier, les coulures et le pigment.

Les pionniers de la peinture libanaise ont déjà posé ce regard sensible. Moustafa Farroukh, par exemple, est salué pour l’humanité de ses figures, comme ce tableau représentant son épouse préparant le café libanais. Omar Onsi, Georges Cyr, Ali Chams, Leyla al-Akl Farra, Amine El Bacha ont également représenté le Liban avec une douceur incroyable, depuis les pins immortels jusqu'à la cueillette des olives. Cette attention aux scènes intimes et aux instants de vie crée une filiation avec les aquarellistes contemporains qui explorent aujourd’hui Beyrouth, ses façades et ses intérieurs désertés. 

Dans ce contexte, l’aquarelle libanaise devient plus qu’une simple technique. Elle est un langage pour dire ce qui reste, ce qui se fissure et ce qui résiste.

Bénédicte Moubarak : explorer par l'aquarelle, la beauté derrière la destruction

Une démarche centrée sur les maisons abandonnées

Parmi les artistes qui incarnent cette relation intime entre aquarelle et Beyrouth, Bénédicte Moubarak occupe une place singulière. Son regard se pose volontairement sur les maisons abandonnées, ces bâtiments que beaucoup évitent ou ne voient plus.

Bénédicte commence souvent par l’exploration urbaine. Elle se rend sur place, au Liban, appareil photo en main. Elle arpente les quartiers, entre dans des bâtisses désertées, observe les jeux de lumière dans les escaliers, les volets qui pendent, les papiers peints délavés, les traces d’une vie qui s’est interrompue. Ces photographies deviennent la base de ses aquarelles.

Sur le papier, elle ne se contente pas de reproduire la façade. L’artiste cherche la beauté derrière la destruction apparente, la délicatesse qui subsiste dans un pan de mur encore coloré ou dans un balcon envahi par la végétation. L’eau laisse des traces imprévues qui évoquent les fissures, les éclats, les murs qui se délitent. 

Collages et matières pour enrichir l’aquarelle

  • Des collages, tels des superpositions d'histoires
  • Des fleurs séchées, parce que la nature a déjà reconquis l’espace
  • Des morceaux de tissu, comme des touches de vie et d'espérance

L’artiste aquarelliste libanaise ne cherche pas seulement à montrer une façade mais à raconter des destins. Dans ces maisons, Bénédicte convoque les histoires de celles et ceux qui ont dû tout laisser derrière eux. Une fenêtre murée devient le symbole d’un départ soudain ; une porte entrouverte suggère une vie suspendue.

En regardant ces œuvres, nous ne sommes plus de simples spectateurs. Nous devenons témoins de ce que le pays a perdu et de ce qu’il garde en mémoire. L’aquarelle, par sa douceur apparente, rend ces sujets difficiles plus accessibles. Elle permet d’accueillir la fragilité sans la nier.

L’héritage libanais en aquarelle

Plusieurs figures permettent de comprendre l’aquarelle libanaise.  Joseph Abou Khalil, peintre contemporain consacre son travail à l’héritage visuel du pays. Ses expositions, mettent en lumière l’architecture traditionnelle, les paysages ruraux et urbains et les scènes de vie qui structurent la mémoire collective.

Mohammed Kadourra est un autre de ces aquarellistes qui ont su, d'un trait de crayon parcimonieux, redonner toute sa beauté à la lumière. Il a accompagné, avec tristesse et un serrement au cœur, l’invasion des grandes tours échevelées aux dents de verre et d’acier, ces mégamonolithes qui ont pris d’assaut la côte et remplacé les vieilles demeures à l’architecture fine, mélange de style florentino-vénitien et d’esprit du terroir. Les tuiles rouges, les fenêtres en arcade, les mandalouns, les portes en bois joyeusement peintes, tout cela disparaissait graduellement sous l’impulsion massive des gloutons promoteurs immobiliers adeptes du béton sauvage.

Parmi les peintres contemporains qui se sont penchés sur l'architecture du Liban, on peut citer aussi Antoine Matar, Michel Rouhanna, Joseph Matar, Charbel Sader, Carla Sayad...

En rapprochant ces aquarellistes de Bénédicte Moubarak, nous constatons une même volonté. Tous racontent l’histoire du Liban par ses bâtiments et ses espaces de vie. Les uns mettent l’accent sur le patrimoine et l’héritage, les autres sur les lieux désertés et la beauté cachée derrière la destruction. Ensemble, ils offrent deux visages complémentaires de l’âme de Beyrouth.

Liban, plateforme pour les artistes

Le Liban a toujours été une plateforme remarquable pour les artistes libanais et un véritable laboratoire pour le Moyen-Orient. Dans les musées, galeries, expositions, évènements collectifs, plusieurs artistes abordent directement la ville, la guerre, la reconstruction et les façades urbaines. Leur travail n’est pas toujours exclusivement en aquarelle ; certaines œuvres relèvent de techniques mixtes ou d’un graphisme très épuré, mais l’esprit de transparence et de superposition reste proche de celui de l’aquarelle. 

Ecouter ce que nous raconte la ville

Faire œuvre de mémoire : les artistes inscrivent les événements, départs et reconstructions dans leurs œuvres. Chez Bénédicte Moubarak, la maison abandonnée devient symbole de ceux qui ont tout laissé. L’attention à la vie quotidienne : cafés, marchés et scènes intimes donnent un visage humain à la ville, comme chez Moustafa Farroukh. L’usage de la lumière et de la transparence : variations du presque blanc à la couleur saturée suggèrent fragilité, incertitude et espoir. Une forte dimension narrative : collages, fleurs séchées, tissus ou archives visuelles transforment un paysage en récit. En prêtant attention à ces aspects, vous vous rapprochez de la démarche des artistes eux-mêmes : vous écoutez ce que la ville a à dire.

Pourquoi les maisons abandonnées inspirent-elles autant les artistes ?

Elles concentrent de nombreuses histoires : exil, départ précipité, deuil parfois, mais aussi persistance. Même vides, elles continuent de tenir debout et de témoigner. Pour des artistes comme Bénédicte Moubarak, elles offrent un terrain puissant pour interroger ce qui reste d’une vie quand les habitants sont partis. Comme l'a écrit Michel Chiha, essayiste et homme politique libanais : « Une maison habitée de longues années et que nous quittons, ne nous quitte pas, dans le vide des cours et des chambres quelque chose de l'âme y demeure. [...] Car un homme qui n’a pas sa maison […], son âme est plus errante qu’un autre … »

Comment commencer à découvrir ces artistes ?

Explorez les plateformes d’art qui regroupent des artistes libanais, consultez cette anthologie des artistes peintres du Liban suivez l’actualité des galeries de Beyrouth et consultez les dossiers de presse consacrés à la scène contemporaine. Vous pouvez aussi vous laisser guider par des lieux qui font dialoguer patrimoine et création, et qui mettent en avant des œuvres inspirées par l’architecture et les histoires des maisons anciennes.

 

En parcourant le travail de Bénédicte Moubarak et de nombreux autres aquarellistes libanais, nous découvrons une ville qui ne se résume ni à ses blessures ni à ses cartes postales. Beyrouth apparaît comme un organisme vivant, traversé par des départs, des retours, des silences et des éclats de lumière. Pour prolonger cette exploration et voir comment Beyt fait vivre à son tour ce dialogue entre maisons anciennes, mémoire et création contemporaine, rendez-vous sur 2bdesign.biz.

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